Zone d’ombre sur le solaire!
Les tarifs de rachat de l’énergie solaire ont été modifié par décret, annoncé sur le site du ministère de l’écologie. La raison de cette décision quelque peu précipitée est finalement assez simple, bien que pouvant avoir un contre coup désagréable sur la filière. Ainsi, en novembre et décembre 2009, EDF a reçu environ 3.000 dossiers par jour, contre une moyenne de 5.000 par mois cet été, la quasi-totalité de ces demandes concernaient les tarifs d’achat à 58 centimes par kilowatt/heure. Pour protéger le pouvoir d’achat des Français, l’Etat a donc pris la décision de les annuler. Si tous les dossiers déposés en novembre et décembre avaient été acceptés, ils auraient occasionné à eux seuls une charge de 2,8 milliards d’euros par an, soit 56 milliards d’euros, pesant sur le contribuable, pendant vingt ans ! Pour y faire face, il aurait fallu augmenter la facture d’électricité de chaque Français de 10 % à 11 % ! La différence entre le prix d’achat par EDF de l’électricité photovoltaïque et le prix de marché de l’électricité (de 5 à 6 centimes d’euro par kilowatt/heure) est en effet comblée par une taxe CSPE (contribution au service public de l’électricité), acquittée tous les deux mois par chaque consommateur d’électricité. Aujourd’hui, celle-ci s’élève à 1,6 milliard d’euros, dont 500 millions pour les énergies renouvelables (solaire, biogaz…). La quasi totalité des projets déposés concernant des bâtis n’ayant même pas encore obtenu les permis de construire et concernant très souvent des bâtiments « fantômes » (des bâtiments n’ayant qu’un toit sans rien à l’intérieur, des serres vides qui s’étendent à perte de vue ou encore des ombrières installées sur des parkings de supermarchés.).
En décembre, la Commission de régulation de l’Energie (CRE) avait pointé du doigt cette bulle spéculative aboutissant à la construction de bâtiments inutiles. Le ministère juge que les tarifs, jugés élevés par le CRE, garantissent « une rentabilité appropriée des investissements solaires » et rappelle vouloir développer « une véritable filière industrielle photovoltaïque en France ».
La CRE avait pourtant estimé en décembre que ces tarifs étaient trop élevés puisque le prix des panneaux solaires depuis un an a baissé de 30% à 50%.
On peut comprendre le dilemme de l’état dans cette affaire, mais cela ne risque t-il pas d’influencer les futurs projets d’équipements solaire? Si tous les dossiers déposés fin 2009 avaient été acceptés par l’état, les objectifs du Grenelle de l’environnement prévus pour 2020 seraient d’ores et déjà atteints.
Néanmoins on peut parier que la baisse du prix du silicium va contrecarrer la mauvaise « publicité » de ce décret. En effet, le prix du silicium polycristallin, le matériau de base des cellules photovoltaïques classiques, ne cesse de chuter sous l’effet d’une surproduction. Le cours est tombé de 450/500 dollars le kilo à la mi 2008, un prix record, à environ 200 dollars en novembre, retrouvant ainsi le niveau de 2007. Les fabricants de cellules et panneaux solaires essaient de renégocier leurs contrats, et eux aussi vont probablement réduire leurs prix publics.









